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Corine Guibert - La directrice commerciale qui a finalement suivi le fil

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Rêves d'ébénisterie étouffés dans l'œuf, carrière dans l'informatique puis dans le commerce, licenciement : Corine Guibert a mis du temps à écouter ses vraies envies. Aujourd'hui sellière à Bouliac, elle a finalement réconcilié passion du travail manuel et vie professionnelle.

Corine Guibert - Crédit : Sophie Pawlak

Ses préférences balayées malgré elle, Corine Guibert s'est engagée dans la voie de l'informatique sans grande conviction. « J'ai fait une école d'informatique de gestion, qui ne m'a absolument pas plu ». Elle persévère tout de même avec un BTS de micro-informatique appliquée aux automatismes industriels : à des années-lumière de l'artisanat, rien que dans les intitulés ! La boîte qui l'embauche l'affecte finalement à la comptabilité… Ce qui ne l'a pas davantage emballée. C'est donc en dehors du travail qu'elle trouve matière à épanouissement, notamment lors de son inscription à un cours de couture. « Je me suis régalée, j'ai habillé mes enfants de la tête aux pieds. » Un simple loisir qui ne l'empêche pas de s'attaquer à des projets ambitieux comme la réfection de fauteuils anciens récupérés. Pendant ce temps, l'air de rien, elle gravit des échelons significatifs chez Dige International, entreprise d'import-export. Après une pause pour élever ses enfants, elle se hisse en une quinzaine d'années de responsable de magasin à directrice commerciale et responsable des achats. Une période professionnelle qui ne lui déplaît pas, même si ses hautes responsabilités l'empêchent de pratiquer sa passion autant qu'elle le souhaiterait. Le sort finit par mettre un terme à cette partie de sa carrière, sous la forme d'un licenciement.

 

Un premier essai, une leçon

Elle se tourne alors naturellement vers un travail en lien avec la couture, en créant son propre emploi : elle monte une société de confection de vêtements adaptés aux personnes en situation de handicap. « La charge de travail était très importante. J'étais dans une période un peu compliquée dans ma tête. Je n'étais pas à 200 % comme j'aurais dû l'être. J'ai préféré clôturer après un an et demi », admet-elle. Mais, à partir du moment où ça a fait « tilt », tout est allé très vite. Elle trouve LA formation, « Le sens du cuir », pour apprendre la sellerie près de Montpellier, et se fait accompagner par la CMA pour créer son entreprise par anticipation : condition sine qua non pour financer cette formation. Corine est désormais sûre de son choix. La formation, individuelle et intense, ne fait que la conforter. Tout comme ce stage d'un mois à 60 heures semaine chez un sellier bordelais qui la met définitivement en confiance. La sellerie implique toutefois un certain investissement financier. « Nouvelle machine, scie à mousse, coupe-fil thermique, tables de coupe, distributeurs de rouleaux… Il faut beaucoup de petites choses qui chiffrent vite ! », énumère-t-elle. Faute de temps – signe qu'elle est déjà très occupée – Corine ne prospecte pas. Le seul démarchage qu'elle juge incontournable est sa présence récurrente au Salon nautique d'Arcachon. Pour le reste, son site Internet est sa vitrine, le bouche-à-oreille, sa meilleure publicité.

 

Le cuir, le fil, et la liberté

Sa première année d'activité est modeste, mais elle double son chiffre d'affaires dès la deuxième et signe un très gros contrat la troisième. Ce qu'elle aime plus que tout dans son métier, c'est son côté à la fois extrêmement technique et créatif, ainsi que la grande variété des tâches. Son activité se partage essentiellement entre nautisme, véhicules anciens, motos, tapisserie, coussinage et matériel médical. La sellerie étant très physique, c'est traditionnellement un métier d'homme. Pour autant, Corine considère que le fait d'être une femme est un réel atout. Elle le ressent auprès de ses clients qui lui font une réelle confiance. Lorsqu'elle ne crée pas du neuf, Corine offre une seconde vie à des objets abîmés et donne ses chutes de tissus à une association qui en fait ses propres créations. Pas étonnant que son entreprise arbore le label « Répar'acteurs », qui valorise l'engagement pour le développement durable. À force de motivation et de travail, elle a fini par réconcilier sa passion et son métier.

Plus d'infos : Sellerie Grand-Ouest – Bouliac (33) – www.sellerie-grandouest.fr

 

 

11 portraits de ceux qui ont osé franchir le pas

Un licenciement, une quarantaine qui approche, une petite voix qu'on n'écoute plus… Pour ces 11 artisans de Nouvelle-Aquitaine, le moment de rupture n'a pas été une fin — il a été le point de départ d'une vie choisie. Ingénieur devenu loueur de vélos, directrice commerciale reconvertie en sellière, docteure en pharmacie qui travaille désormais le sable… Leurs parcours n'ont pas grand-chose en commun à première vue. Ce qui les réunit, c'est d'avoir pris leur rêve au sérieux — et de ne pas être repartis les mains vides de leur ancienne vie. La CMA Nouvelle-Aquitaine les a accompagnés pour transformer l'envie en réalité. Aucun ne regrette.

Découvrir les portraits

 

 

Crédit : Sophie Pawlak

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